Aller au contenu

Jean-Marie Twambazemungu - Le-Phoenix.org

Sauter le menu
Sauter le menu
Sauter le menu
Sauter le menu
Sauter le menu
Sauter le menu


témoignages d'artisans de paix
Jean-Marie Twambazemungu,
artisan de paix au Rwanda
janvier 30, 2025
By fouad

« Le matin du 25 avril 1994, à 10 heures 15, j’ai été arrêté par les miliciens. »
Jean-Marie Twambazemungu est Hutu.
Son épouse est Tutsie, l’ethnie minoritaire qui a gouverné le Rwanda pendant des siècles.
Ils sont détestés des deux camps. Leurs enfants sont encore petits. Le génocide fait rage depuis que l’avion présidentiel a été abattu, le 6 avril.
Sa famille traverse l’effroi et l’horreur, fuit et se cache. Ils sont profondément enracinés dans le Seigneur.
Très profondément, par une vie de prière fidèle et intense. Jean-Marie sait qu’il est une cible.
« Étant donné la taille du groupe [de miliciens qui l’a arrêté] et leur joie de m’avoir mis la main dessus, je devais être considéré comme un gros poisson.
» Ils lui demandent où est cachée sa femme car ils voulaient les tuer ensemble.
On lui dit qu’on l’épargnera s’il livre la cachette de Stéphanie…
Mais il est prêt à mourir pour celle qu’il aime.
Il arrive devant la fosse où il devait être exécuté : « j’ai eu l’horrible surprise d’y trouver Benjamin et Denise, avec leurs enfants. »
Cette famille tutsie était très proche des Twambazemungu et partageait une amitié très intime.
Jean-Marie aurait voulu les serrer dans ses bras. « Au lieu de cela, j’ai dû assister à leur massacre. »
Benjamin et Denise portaient dans leurs bras leurs enfants. Détonation. Jean-Marie ouvre ses yeux :
Benjamin et son petit René de 4 ans gisent par terre. Les deux autres ont été achevés à coups de barre.
« Je garde en moi l’image de René saisi par son pull rouge et jeté dans la fosse, son petit ventre, que j’avais tant de fois nourri, criblé de balles. »
C’est au tour de Jean-Marie, qui sent le canon chaud de l’arme s’approcher.
Mais à ce moment, une voiture surgit, une bagarre commence, ce qui retarde l’exécution.
Un milicien, nommé André, s’approche de Jean-Marie et lui dit : « Veux-tu que je te sauve en échange du gros radiocassette que j’ai vu chez toi ? »
Les miliciens avaient en effet fouillé leur maison auparavant en vue de se partager le butin.
Jean-Marie crut en une blague, mais dit oui. La main de Dieu était là, moins de deux secondes avant le coup fatal.
Le Rwanda avait été averti par la Sainte Vierge qui est apparue à Kibeho entre 1981 et 1989 à trois collégiennes. Dans l’apparition du 15 août 1982, les voyantes furent plongées dans l’horreur et voient ce qui surviendra douze ans plus tard, en 1994, si les hommes ne se convertissent pas. Jean-Marie et son épouse, de leur côté, sentaient dans leur prière qu’ils s’en sortiraient. Mais à quel prix et pour quoi ?


sanctuaire Notre Dame de Kibeho (source internet)

Pour aimer, quoi qu’il en coûte. On peut dire d’eux, qu’au cœur des plus abominables souffrances, ils ont été l’Amour. Un des chapitres du livre écrit par Jean-Marie[1] s’intitule « Sauvés pour aimer et servir ». En effet, le 10 juillet 1994, la famille de Jean-Marie revient à Kigali. « La ville était jonchée de cadavres en décomposition. Il était difficile de revenir sur des lieux qui nous rappelaient tant de souffrances. Passer devant la maison de Benjamin et Denise, devant celle de Prudence, qui avaient été massacrés devant moi, ravivait ma douleur. » Les maisons étaient toutes pillées, des centaines d’enfants erraient dans les rues, livrés à eux-mêmes. Ils sont orphelins ou furent oubliés ou perdus quand leur famille a fui. « Il nous est apparu évident que le Seigneur avait besoin de nos bras et de notre cœur pour nous en occuper. » Nommés responsables de la Communauté de l’Emmanuel, en remplacement de Cyprien et Daphrose Rugamba, assassinés, les Twambazemungu ont ouvert un centre accueillant des centaines d’orphelins.
Un jour, Stéphanie a croisé dans la rue un jeune garçon de 10 ans assis à côté d’une fillette agonisante. Le garçon raconte que sa propre famille tutsie a accueilli cette fillette. Mais elle eut le malheur de dire que sa famille a tué des Tutsis. Alors les parents du garçon ont cessé de donner à manger à la fillette. Il ajoute : « Pour qu’elle ne meure pas chez nous, ils m’ont demandé d’aller l’abandonner dans la forêt. Mais voilà, je n’ai pas le courage de le faire. Alors, j’ai décidé de la laisser sur la route pour que quelqu’un la trouve et s’occupe d’elle. Comme je ne peux pas la laisser toute seule, j’attends ici que quelqu’un la prenne. » La fillette sera sauvée par la famille de Jean-Marie.                                                                                                                        ND de Kibeho (source internet)
En réintégrant sa maison, il constata que les portes et les fenêtres avaient été dérobées. Le voleur a été retrouvé et jeté en prison. Au Rwanda, les prisonniers ne mangent que si leur famille leur apporte de la nourriture. Or les familles étant décimées ou exilées, les prisonniers n’ont plus grand-chose. Stéphanie et Jean-Marie, brûlés par l’Amour de Dieu et le pardon inconditionnel, sont allés nourrir leur voleur en prison. En lui parlant, ils ont découvert les raisons du vol. Le voleur a perdu toute sa famille. Il ne lui restait que sa sœur et son bébé, qui, n’ayant plus rien, allaient mourir de faim. Il s’est donc servi dans la maison de gens que l’on croyait morts, espérant revendre ces portes et fenêtres… Jean-Marie a obtenu sa libération.
Dans ce geste de pardon, d’écoute et d’amour, dans les centaines d’autres gestes d’amour relatés dans son livre témoignage, Jean-Marie a gagné des âmes, propagé le Royaume du Seigneur et fait régner la paix. Ces âmes sont le sel de la terre et le levain dans la pâte. Sans discours, ces personnes habitées et abandonnées à l’action de l’Esprit Saint font triompher la paix. Celle tant désirée par ND de Kibeho.
Pourtant, Jean-Marie a été biberonné à la souffrance : bien avant le génocide, son père a été assassiné quand il était encore enfant. Une sombre histoire d’héritage. Sa mère et sa fratrie ont dû fuir, car ils étaient les suivants sur la liste, toujours pour l’héritage. Très jeune, donc, Jean-Marie a été confronté à la tentation de la vengeance : trois jours de lutte en échafaudant tous les plans possibles pour venger son père. Mais comprenant qu’il se détruisait lui-même dans sa haine, il a baissé les armes pour ne prendre désormais que celles du pardon et de l’amour quoi qu’il arrive.
Aimer. Pardonner. Laisser Dieu agir en nous pour y arriver. Voilà les ingrédients pour la victoire de la paix dans les cœurs et dans les nations.
(source : Jean-Marie Twambazemungu, Rescapés de Kigali, Éditions de l’Emmanuel, 2014)


  • Anne-Marie MICHEL
[1] Jean-Marie Twambazemungu, Rescapés de Kigali, Éditions de l’Emmanuel, 2014, p.90

About us
Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Praesent arcu metus, suscipit rhoncus tincidunt vehicula, fermentum ac turpis.
Retourner au contenu
Icône de l'application
Le-Phoenix.org Installez cette application sur votre écran d'accueil pour une meilleure expérience
Touchez Bouton d'installation sur iOS, puis "Ajouter à votre écran"